Certains albums marquent une carrière dès les premières secondes. Sorti en 1997, Around the Fur est celui qui a installé Deftones parmi les groupes essentiels du metal alternatif américain, grâce à un équilibre rare entre violence, mélodie et atmosphère. Je reviens ici sur sa conception, ses morceaux les plus importants, sa place dans la discographie du groupe et la meilleure façon de l’aborder aujourd’hui.
Un disque qui a changé l’échelle de Deftones
- Deuxième album studio de Deftones, publié le 28 octobre 1997.
- 10 titres qui alternent riffs massifs, tension et passages mélodiques.
- My Own Summer (Shove It) et Be Quiet and Drive (Far Away) sont les portes d’entrée les plus évidentes.
- Enregistré à Seattle avec Terry Date, déjà présent sur Adrenaline.
- Un album certifié platine par la RIAA, devenu une référence du metal alternatif des années 1990.

Pourquoi Around the Fur reste un album essentiel
Deftones arrive sur ce disque avec une identité déjà solide, mais le groupe semble soudain beaucoup plus ambitieux. Là où Adrenaline, sorti en 1995, misait surtout sur l’impact immédiat, son successeur ajoute des contrastes de dynamique, des textures plus sombres et une vraie attention portée aux silences.
Le groupe est souvent rangé dans la catégorie nu metal, ce qui n’est pas totalement faux pour l’époque, mais l’étiquette devient vite trop étroite. Stephen Carpenter délivre des guitares épaisses et abrasives, Abe Cunningham donne aux morceaux une puissance très physique, tandis que la voix de Chino Moreno passe du murmure au cri sans prévenir. C’est cette tension qui rend l’ensemble si personnel.
À mes oreilles, la réussite du disque tient moins à la virtuosité qu’à son sens du dosage. Les morceaux sont lourds, mais rarement uniformes. Une guitare peut sembler menaçante pendant quelques mesures, puis laisser apparaître une mélodie presque fragile.
Une production directe, lourde et toujours lisible
L’album a été enregistré au Studio Litho de Seattle, puis mixé à Los Angeles. Terry Date, qui avait déjà accompagné Deftones sur leur premier disque, conserve une approche très directe. Les guitares occupent beaucoup d’espace, mais la batterie reste nette et la basse donne aux morceaux une profondeur souvent sous-estimée.
Cette production explique en partie la longévité du disque. Beaucoup d’albums de metal des années 1990 ont été compressés jusqu’à perdre leurs nuances. Ici, la puissance ne détruit pas complètement la respiration. Les couplets peuvent rester relativement dépouillés avant qu’un refrain ne fasse véritablement basculer le morceau.
Le meilleur exemple est sans doute Be Quiet and Drive (Far Away). Le titre ne repose pas uniquement sur un riff lourd. Son efficacité vient de la montée progressive, de la répétition hypnotique et du contraste entre la voix contenue de Moreno et l’explosion du refrain.
Les morceaux à retenir dans la tracklist
La tracklist ne cherche pas à multiplier les singles. Elle fonctionne comme un parcours où chaque morceau apporte une nuance différente au son du groupe.
| Titre | Ce qu’il apporte |
|---|---|
| My Own Summer (Shove It) | Un morceau d’ouverture immédiat, porté par un riff lourd et reconnaissable entre mille. |
| Lhabia | Une ambiance nerveuse et instable, avec une structure plus anguleuse. |
| Mascara | Une facette plus intime, presque sensuelle, qui montre la palette émotionnelle du groupe. |
| Around the Fur | Un titre frontal, dense et agressif, représentatif du versant le plus abrasif de l’album. |
| Rickets | Une décharge courte et tendue, idéale pour comprendre l’énergie live de Deftones. |
| Be Quiet and Drive (Far Away) | Le grand morceau mélodique du disque, construit sur une progression particulièrement efficace. |
| Lotion | Un titre rapide, brutal et compact, qui évite à l’album de s’installer dans une seule ambiance. |
| Dai the Flu | Une composition plus expansive, où la voix et les guitares gagnent progressivement en intensité. |
| Headup | Une collaboration avec Max Cavalera, particulièrement adaptée à une écoute physique et énergique. |
| MX | Une conclusion plus longue et moins immédiate, qui laisse une impression volontairement inconfortable. |
Pour une première écoute, je conseille de ne pas se limiter aux deux singles. Mascara, Dai the Flu et MX sont indispensables pour comprendre pourquoi le disque dépasse le simple statut d’album de metal efficace.
Les deux singles qui ont élargi le public du groupe
My Own Summer (Shove It) a donné à Deftones une signature immédiatement identifiable. Son riff principal est simple en apparence, mais son placement rythmique et son espace sonore lui donnent une lourdeur particulière. Le titre reste très accessible sans perdre son caractère agressif.
Be Quiet and Drive (Far Away) joue un rôle différent. Il montre que le groupe peut ralentir, installer une atmosphère et toucher un public attiré par le rock alternatif autant que par le metal. Cette complémentarité explique pourquoi l’album a résisté aux modes de la fin des années 1990.
Je trouve d’ailleurs que l’erreur la plus fréquente consiste à considérer ces deux titres comme les seuls morceaux importants. Ils servent de points d’entrée, mais la vraie richesse se trouve dans le va-et-vient entre violence sèche et mélancolie.
Sa place entre Adrenaline et White Pony
Dans la discographie de Deftones, ce disque occupe une position charnière. Adrenaline présentait un groupe jeune, tendu et très frontal. White Pony, paru en 2000, allait pousser beaucoup plus loin les expérimentations électroniques, les arrangements et les atmosphères.
Le deuxième album est le moment où ces deux directions commencent à se rencontrer. Deftones conserve la rage de ses débuts, mais laisse davantage de place aux respirations, aux harmonies et aux changements de climat. C’est aussi ce qui explique son influence sur des groupes de metal alternatif, de post-hardcore et de rock atmosphérique.
| Album | Année | Rôle dans l’évolution du groupe |
|---|---|---|
| Adrenaline | 1995 | Une introduction brute et énergique à l’univers de Deftones. |
| Around the Fur | 1997 | Le point d’équilibre entre agressivité, mélodie et atmosphère. |
| White Pony | 2000 | Une ouverture plus large vers l’expérimentation et les textures électroniques. |
Pour moi, ce disque est donc moins un aboutissement qu’un tremplin décisif. Il montre un groupe qui a compris sa force, sans encore chercher à tout contrôler.
Comment l’écouter aujourd’hui
La meilleure approche consiste à écouter l’album dans son ordre original, de préférence au casque ou sur un système capable de restituer correctement les basses. Les guitares ont besoin d’espace, et les détails de production apparaissent davantage lorsque le volume reste raisonnable mais stable.
- Commencer par My Own Summer pour saisir l’impact immédiat.
- Enchaîner avec Be Quiet and Drive pour entendre le versant mélodique.
- Revenir ensuite à Mascara et Dai the Flu pour découvrir les nuances.
- Réserver MX à une écoute complète, car sa construction demande davantage de patience.
Les éditions physiques restent intéressantes pour les amateurs de discographie. Le vinyle officiel reprend les 10 titres répartis sur deux faces, tandis que les plateformes numériques offrent une écoute pratique et immédiate. Le choix dépend surtout de l’expérience recherchée, car la valeur musicale du disque ne dépend pas du support.
Ce que cet album dit encore de Deftones
Plus de vingt ans après sa sortie, le disque conserve une force étonnante parce qu’il ne choisit jamais entre brutalité et émotion. Il peut accompagner une écoute concentrée à la maison comme devenir une véritable machine à énergie dans un festival, ce qui explique sa présence durable dans la culture rock alternative.
Si l’on veut comprendre Deftones sans parcourir toute sa discographie, c’est probablement le meilleur point de départ. Around the Fur capture le groupe au moment précis où il transforme une formule metal des années 1990 en langage personnel, plus nuancé et beaucoup plus durable.